"Investir sa confiance dans un collaborateur
est la meilleure garantie de son efficacité",
selon Anne Dousset, auteur
du livre "Management à contresens"
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Anne Dousset, auteur de "Management à
contresens ... combien coûte la démotivation" © D.R.
Anne Dousset publie "Management à contresens...
combien coûte la démotivation?" aux Éditions d'Organisation (groupe
Eyrolles). Cet ouvrage fait le constat des erreurs fréquemment
commises par les managers et propose des pistes pour que la
mobilisation des salariés soit mise au service de la performance.
Anne Dousset a travaillé dans la formation et le conseil en gestion
de compétences avant d'occuper pendant une quinzaine d'années des
postes de DRH au sein de grandes entreprises. Elle est aujourd'hui
consultante en management des hommes et des organisations. |
L'AEF. Qu'est-ce qui vous a conduit à consacrer
un livre aux gâchis d'un mauvais management?
Anne Dousset. Ce que j'ai voulu apporter en
écrivant ce livre, ce ne sont pas des théories, mais des observations
sur ce qui se passe aujourd'hui dans un grand nombre d'entreprises. D'où
le fait que la première partie du livre expose des exemples concrets.
L'AEF. Quelles sont les raisons d'un "management
à contresens"?
Anne Dousset. La mondialisation conduit à une
standardisation généralisée des méthodes de travail. En un sens, cette
standardisation est pratique et productive, mais elle laisse très peu de
place à l'initiative individuelle des managers. La standardisation à
l'excès produit des effets pervers; il y a donc besoin d'un contrepoids
pour trouver un équilibre. Et cela n'est possible qu'à condition d'aller
puiser l'énergie chez les collaborateurs eux-mêmes.
L'AEF. Vous évoquez à de nombreuses reprises
l'exigence de performance des entreprises. Selon vous, consacrer du
temps à la mobilisation des salariés apparaît à certains comme un frein
à l'obtention des résultats...
Anne Dousset. Tout le monde s'accorde à dire
qu'il faut motiver les gens, mais malheureusement cette question passe
souvent au second plan. La pression sur les managers est très
importante, notamment en termes de gestion. Le rythme est souvent
infernal, et on finit par passer tout son temps à construire des budgets
ou à faire du reporting. On est face à une sorte de dictature de
l'immédiat. Cela dit, je tiens à préciser que ma posture n'est pas celle
d'une humaniste militante. Mon propos se concentre sur la question de
l'efficacité des entreprises.
L'AEF. Votre livre propose une méthode pour
chiffrer ce que vous appelez "le coût du désengagement", par le moyen
d'un indicateur, le "taux de productivité du facteur humain". N'est-ce
pas contradictoire avec la troisième partie de l'ouvrage, consacrée
notamment à "l'instauration de la confiance" entre salariés et
dirigeants?
Anne Dousset. Cette méthode n'est pas une
méthode de calcul mais d'évaluation. Évaluer, c'est donner une valeur,
peut-être approchée, mais une valeur malgré tout. Il ne faut pas oublier
que dans tous les secteurs de l'entreprise, on a recours aux chiffres.
Et se forcer à mesurer permet par exemple de fixer la situation de telle
équipe à un moment donné, et ainsi de comparer son évolution, positive
ou négative. Pour être pris au sérieux, il faut chiffrer, même a minima.
Cela dit, j'encourage les DRH à expérimenter cette méthode sur de
petites unités, afin de prendre des dispositions sur mesure.
L'AEF. La mobilisation des équipes est au coeur
de votre propos. Estimez-vous que les dirigeants d'aujourd'hui manquent
d'outils pour travailler cette question?
Anne Dousset. Au contraire, on se trouve face
à une surabondance d'outils qu'on ne cesse d'utiliser. Je veux parler
des indicateurs, du reporting, des enquêtes et autres. Les outils
rassurent, ils donnent l'impression de se saisir des problèmes. Mais ils
permettent seulement de traiter les problèmes de façon gestionnaire,
sans s'impliquer véritablement. Je crois que le meilleur outil d'un DRH
reste l'écoute active. Cela nécessite un certain courage, parce que l'on
s'expose beaucoup plus.
L'AEF. Vous insistez sur la nécessité de "penser
collectif", à tous les niveaux de l'entreprise. Comment éviter les
réflexes de repli sur soi?
Anne Dousset. Les managers ont intérêt à faire
confiance à leurs collaborateurs, leur donner toute leur place dans
l'entreprise et donner sens à leur action. C'est ce que j'explique dans
le livre. Mais être dirigeant, c'est évidemment montrer l'exemple,
notamment en faisant part de ses erreurs, ou en s'ouvrant à ses équipes
des difficultés à surmonter. C'est une réelle source de motivation pour
les collaborateurs. D'une manière générale, à tous les niveaux de
l'entreprise, l'énergie consacrée au camouflage est contre-productive.
"Management à contresens… combien coûte la
démotivation?" par Anne Dousset, Eyrolles-Éditions d'Organisation, 128
p., 20 euros
www.editions-organisation.com
Modifié le : 15/12/2008 |